L’éducation et la formation

Version audio (par Habib Dembélé)


Que serait le Mali sans ses hommes, sans ses femmes et sans ses enfants, sans toutes les cultures qui composent la culture malienne ? Le plus grand investissement qu’une nation puisse faire est dans ses hommes et ses femmes : toute la population, et non uniquement une petite élite mieux formée que les autres.

Des hommes et des femmes bien formés auront plus de possibilité de créer des richesses sur place, ainsi que des emplois. Risquer sa vie dans le désert du Sahara ou dans la mer Méditerranée ne sera plus une fatalité.

Le savoir

Les langues

Langues nationales pour développer notre pensée

Il va sans dire que la scolarisation au Mali doit être généralisée et qu'elle doit être à la hauteur de l’intelligence des Maliens. Au Mali, comme dans de nombreux pays d’Afrique, le multilinguisme est une normalité et la pensée des individus se développe dans la langue maternelle de ceux-ci ou dans la langue véhiculaire du lieu. Certaines notions abstraites sont également posées plus aisément dans la langue maternelle, même si les autres langues sont parfaitement maîtrisées. Par exemple, de nombreux français maîtrisant l’anglais ont besoin de recourir au français pour faire des calculs complexes ou juste pour compter.

Il est donc important qu’à l’école, les enfants aient la possibilité d’approfondir leur langue maternelle afin que celle-ci devienne une de leur langue de travail à un niveau élevé. Cela favorisera la pensée critique sur des notions et des concepts exclusivement maliens, sahéliens ou africains qu’une langue non africaine ne pourrait pas décrire.

Autres langues

Bien qu’elles ne soient pas les langues les plus parlées, le français et l’anglais sont les langues les plus répandues sur la planète, en terme nombre de pays. Le français étant la langue officielle, il convient de le maîtriser. Plus que cela, la maîtrise de cette langue et de l’anglais donne un accès quasi illimité à toutes sortes de connaissances provenant de près de 90 pays. Il serait dommage de se priver d’une telle richesse. Les Maliens pourraient ainsi diversifier leurs bases de connaissances et mieux échanger avec l’extérieur.

Toujours mieux se connaître pour mieux s’adapter à l’évolution du monde.

Comme dans la plupart des pays, notre histoire est riche. Notre quotidien est largement régi par nos traditions et par nos valeurs ancestrales, à tel point qu’il peut arriver que nous oubliions l’origine de certaines traditions et que nous ayons parfois du mal à appréhender leur importance et à appréhender l’inadéquation de certaines pratiques avec la vie actuelle.

Nous avons le privilège de disposer de diverses sources de connaissances, permettant un accès à tous. Nous avons nos djélis, nos manuscrits à Tombouctou, les chroniques de contemporains maliens et étrangers, des historiens, des archéologues, des ethnologues etc., ce qui fait du Mali l’un des rares pays d’Afrique subsaharienne ayant des informations précises sur des faits historiques remontant à plus de mille ans.

Quelles que soient les traditions préservées, adaptées ou abandonnées, il est important de les connaître ainsi que leur fondement avant de décider qu’en faire et d’accueillir les changements du monde et de la société avec souplesse et sérénité sans crainte de perdre son identité culturelle. Aussi faudra-t-il se donner la peine de mettre toute cette richesse à la portée de tous les Maliens sous les formes les plus accessibles possible. À cette fin, la culture continuera de jouer un rôle prépondérant.

L’excellence.

Aujourd’hui, il semble que le seul moyen pour des Maliens de permettre à leurs enfants de suivre des études de qualité est de les envoyer à l’étranger, par exemple, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, en Algérie, au Maroc, en France, et pour les plus fortunés, au Canada ou aux États-Unis. Cela en dit long sur notre confiance en notre système éducatif. Il convient de redonner à l’Éducation nationale les moyens de répondre aux attentes de rigueur et d’excellence dans la formation de nos enfants. Les partenariats internationaux impliquant des échanges de professeurs seront, dans un premier temps, à raviver, afin de consolider leur formation.

Le savoir-faire

Sans savoir-faire, et, face à l’incapacité de mettre la théorie en pratique, le savoir ne peut être que source de frustrations et de désir ou même d’obsession d’aller voir ailleurs. Et bien sûr, même si le savoir éclaire, il ne peut pas permettre une réelle indépendance, un vrai développement s’il n’existe pas d’autonomie dans la production de richesses.

Il est primordial, qu’à tout âge et dans tous les corps de métiers, les Maliens bénéficient d’une formation de qualité et que tous y aient accès, y compris les femmes, les chômeurs, les vendeurs au marché, les étudiants, les cultivateurs, les mécaniciens.

La formation et le transfert de connaissances devraient systématiquement faire partie des conditions d’attribution de marchés publics.

Avec le savoir et le savoir-faire, les Maliens pourront mieux travailler en sachant toujours qui ils sont, pourquoi ils travaillent et pour qui ils travaillent. Ils seront mieux à même de subvenir à leurs propres besoins et à ceux de leurs proches ainsi que de leur communauté, car ce n’est pas la solidarité qui manque au Mali. Par extension, ils poseront les briques d’un Mali plus grand et plus solide.